dimanche 6 janvier 2013

Voeu à Sacha de Moulins

Les media ont largement diffusé la nouvelle de la première naissance de 2013, un certain Sacha, né au sein d'un ménage homosexuel. Il aurait donc deux mamans. Puisque cette naissance est rendue publique dans tout la nation, je viens, selon la tradition, me pencher sur le berceau du nouveau-né pour lui apporter mes présents. Je ne doute pas que, comme dans la Belle au bois dormant, nous aurons d'autres rendez-vous.


Mon cher Sacha,

Ta naissance à Moulins sur Allier à minuit une le 1er janvier de cet an de grâce 2013 a fait l’objet d’une annonce publique, c’est pourquoi, reprenant une antique tradition, je viens publiquement te formuler mon vœu pour que tu vives une vie bonne. En principe, beaucoup de personnes importantes viendront invoquer sur toi les qualités les plus désirables pour un enfant : la force, la beauté, la richesse, et bien d’autres choses. Or je voudrais t’apporter une qualité à mon avis nécessaire, et à laquelle les autres personnes qui veulent bien se pencher sur ton berceau ne penseront peut-être pas.

Qui est ta mère, qui est ton père ?

Recherchant ce qui te serait le plus convenable, je m’intéresse aux termes de l’annonce de ta naissance : tu aurais deux mamans et pas de père. Voilà une bien curieuse affirmation. La science nous enseigne que le patrimoine génétique de chacune de tes cellules provient à parts égales des patrimoines génétiques d’une femme, ta mère, et d’un homme, ton père. Lisant l’annonce, je comprends que Maude est ta mère, et que ton père a souhaité garder l’anonymat, au point de transmettre son patrimoine génétique sans contact physique avec ta mère. Il n’empêche que, comme tout enfant d’homme, tu es né parce qu’un homme et une femme ont décidé de procréer. Delphine n’a rien apporté de plus que moi aux actes essentiels qui ont résulté en ta procréation.
Pour autant, l’annonce fait clairement comprendre que tes éducateurs seront Maude et Delphine, du moins aussi longtemps que Maude le consentira. Maude et Delphine ont signé un PACS. Elles s’accordent donc mutuellement les mêmes droits et obligations que deux époux entre eux, et bénéficient des mêmes facilités sociales que celles que l’on accorde à deux époux. À ce titre, Delphine exerce conjointement avec Maude les actes courants qui contribuent à ton éducation. C’est avec le même amour que l’une ou l’autre se lève la nuit pour te faire téter ou pour te changer. Au point que tu pourrais croire que tu as deux mamans. Mais le jour où Maude et Delphine se sépareront, c’est celui de tes éducateurs en lequel tu reconnais la moitié de toi-même, c’est Maude donc, qui continuera d’exercer son devoir d’éducation, peut-être conjointement avec son nouveau compagnon ou sa nouvelle compagne.

Le mariage donne un père et une mère à des enfants

J’entends bien, dans l’annonce de ta naissance, que Delphine attend avec impatience de pouvoir contracter un mariage avec Maude, afin de prendre pouvoir sur toi. Il faut que je t’explique les enjeux de cette question, car je crois qu’elle menace directement la situation privilégiée qui est la tienne.
Le mariage est une institution civile commune à pratiquement toutes les civilisations humaines depuis les temps historiques. Les deux époux déclarent publiquement s’unir en vue de l’éducation de leurs enfants communs. En conséquence, les enfants à naître de l’épouse sont réputés génétiquement issus de l’époux comme de l’épouse. Et par ailleurs les époux s’engagent à pourvoir conjointement à l’éducation des enfants à naître.
Cette institution, tu l’observeras, n’est pas strictement nécessaire à la vie en société. Un homme et une femme même non mariés peuvent à tout moment convenir de procréer, et faire en sorte que les gamètes de l’homme rejoignent ceux de la femme en vue de la conception d’une nouvelle personne humaine. C’est d’ailleurs ce qu’a fait ta mère avec les gamètes de ton père. L’intérêt social du mariage est que les enfants à naître ont d’avance la garantie de savoir quels sont leurs géniteurs, et que ceux-ci seront leurs éducateurs. La qualité d’enfants des époux s’impose par défaut à la société.

L’enfant a besoin de connaître la réalité de sa filiation

Dans la réalité d’aujourd’hui, les personnes ne restent pas unies entre elles pour toute la vie. Les familles se recomposent. A cause de cela, beaucoup d’enfants sont pris en charge dans une famille éducative qui ne comprend pas leurs deux parents géniteurs, parfois même aucun d’entre eux. Mais le petit d’homme sait merveilleusement s’adapter à toutes sortes de situations. On pourrait disserter à l’infini des mérites respectifs des différentes configurations de familles éducatives : à un seul ou à deux (ou plus) parents éducateurs ; avec un seul enfant ou au contraire plusieurs. Pour autant, chaque enfant a droit à la vérité sur sa filiation génétique réelle, fût-elle cachée. Il est reconnu que c’est une condition nécessaire à la construction psychologique de la personne humaine en tant qu’être social. 
Comme je te l’ai dit, la procréation humaine n’est possible que par la rencontre des gamètes d’un homme et d’une femme, c’est pourquoi le mariage n’a de sens qu’entre un homme et une femme. Voilà qu’une association de 1800 personnes, dont font probablement partie Maude et Delphine, demande que le mariage soit possible entre personnes du même sexe. La conséquence pratique et paradoxale que cela aurait est qu’alors toi, Sacha, tu serais réputé engendré de Maude et de Delphine. Et à ce titre, Delphine aurait à ton égard les mêmes droits et obligation que Maude, ta mère. Note bien que la déclaration publique que j’ai lue, Delphine revendique des droits sur toi, sans mention aucune d’obligation. Elle fait de toi un objet de droit avant d’être un sujet.

Te protéger du mensonge

Vois-tu, cher Sacha que je ne connais pas, je veux te protéger absolument contre cette revendication en ce qu’elle est une spoliation de tes droits fondée sur un mensonge visible. Certes, il arrive que des enfants nés dans un couple marié ne soient pas réellement les enfants du mari : ils sont toutefois réputés l’être, et il s’agit là d’un mensonge plausible et dans beaucoup de cas conforme à l’intérêt supérieur de l’enfant (à mon avis sous réserve qu’il en soit informé). Mais ce que revendiquent Maude et Delphine est de proférer ce mensonge invraisemblable pour chacun des enfants auxquels l’une ou l’autre donnerait naissance.
Je le redis, tout le respect que tu dois à Delphine qui t’élèves avec amour ne saurait te faire oublier qu’elle n’est pas ta mère, mais seulement la conjointe de ta mère. Il est d’usage de la désigner ta belle-mère. En tant que conjointe de ta mère elle bénéficie d’une délégation de son autorité parentale, que nul ne songe à contester pour les actes courants. Qu’elle puisse par ailleurs te faire bénéficier de sa succession, voilà une liberté qu’elle a déjà, même s’il paraît évident qu’une évolution de la fiscalité sur les successions est nécessaire pour que cette liberté te soit plus profitable ; cette question concerne d’ailleurs tous les beaux-parents. Mais, en cas de conflit voire de séparation entre Maude et Delphine, il serait injuste que Delphine se trouve à égalité avec Maud en vue de revendiquer la tutelle éducative sur toi.
Voilà pourquoi je m’oppose à ce que soit possible le mariage entre personnes du même sexe. J’observe avec regret que les promoteurs de ce projet de loi, désireux me semble-t-il de donner satisfaction à une association de 1800 personnes qui ne se fonde que sur un principe idéologique, usent du mensonge ou de la calomnie pour discréditer ceux qui défendent le bien commun et le droit de ceux qui, comme toi, ne peuvent s’exprimer.

Un débat conduit de manière tendancieuse

Ainsi, les adversaires du projet le feraient par soumission à leur religion. Mais, comme je l’ai dit, la définition du mariage est partagée entre toutes les civilisations depuis des dizaines de millénaires, pas seulement par les croyants français du 21e siècle. Du fait de leur croyances, ces adversaires n’admettraient pas les nouvelles formes de parentalité, qui ne peuvent être que récentes. D’ailleurs les représentants des religions ne devraient même pas prendre part au débat. Pourtant la Bible fournit plusieurs exemples de parenté alternative, depuis Abraham, marié à sa demi-sœur et qui fait appel à Agar comme mère porteuse ; en passant par Samuel, que ses parents retirent volontairement de leur tutelle éducative dès son sevrage pour le confier aux prêtres du temple, tous des hommes ; en finissant par la présomption de paternité de Joseph sur Jésus par son mariage avec Marie.
Les adversaires du projet seraient homophobes. Interdire aux homosexuels de commettre un mensonge systématique et de porter atteinte aux droits de leurs enfants ne me paraît pas qualifiable d’homophobie, mais d’intérêt porté au droit des enfants.
La France devrait s’aligner sur d’autres pays. Avec le PACS, la France dispose aujourd’hui d’équivalents aux formes de mariage entre personnes de même sexe qu’ont autorisées un petit nombre de pays. Par ailleurs, je pense que la France a plus vocation à guider les pays qu’à les suivre. Le ferait-elle avec l’institutionnalisation d’un mensonge ?
Enfin, selon différents sondages, une majorité de Français seraient favorables au projet de loi. La restitution de ces sondages est mensongère. Je n’en veux pour preuve que la courte déclaration récente de Valéry Giscard d’Estaing, dont on a dit qu’il était favorable au mariage entre homosexuels. En réalité, Valéry Giscard d’Estaing a déclaré que l’union civile entre homosexuels devrait être désignée d’un autre nom que le mariage, pour en être distinguée.

Un vœu pour toi : le discernement

Cher Sacha, je parle beaucoup et je n’ai pas encore formulé mon vœu. Cela me paraît d’autant plus nécessaire ce jour où nous chrétiens commémorons la visite de trois mages venus en Judée pour honorer un enfant, futur roi, qui venait de naître. Cet enfant te ressemble, car son père véritable n’est pas le conjoint de sa mère. Je n’ai pas d’or, d’encens ni de myrrhe à te remettre. Et j’ai vu beaucoup de monde te souhaiter bonheur ou notoriété. Voici le vœu que je formule : que tu aies la faculté de discernement. Je constate que cette compétence est rare, elle n’est pas encouragée, et n’est pas partagée par ceux qui sont au pouvoir. Je la crois précieuse et utile à la recherche du bien commun. A cause de la publicité sur ta naissance, à cause de ta famille d’accueil, à cause du regard des autres, surtout dans une petite ville où tout le monde se connaît, je crois que cette faculté te sera utile, et j’ai l’intuition que tu en feras bonne usage. Je te demande de penser à ce vœu chaque fois que tu mangeras de la galette des rois, peu après ton anniversaire.

Louis-Aimé de Passy.

2 commentaires:

  1. Oui mon cher Louis-Aimé.
    Décidément j'aime beaucoup ta littérature!
    Tu me convaincrais si je ne l'étais pas déjà.
    J'apprécie ta sagesse et ton discernement...
    N'oublions pas que le fruit de l'arbre n'est pas pour l'arbre mais que sa qualité en dépend largement.
    Je t'embrasse.

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  2. Magnifique, Louis Aimé. Admiration. Gaétan

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